Centrafrique, une dictature tropicale ?

Par Aline M'PANGBA-YAMARA l LNC Directrice de LAMINE MÉDIA Rédactrice en chef de LNC Le 12 Juin 2026,

l'atterrissage d'un vol charter à l'aéroport de Bangui-M'poko, transportant des migrants expulsés des États-Unis, a mis en lumière les méthodes de gouvernance de la présidence Centrafricaine. Négocié dans la plus grande discrétion, cet accord bilatéral illustre une pratique désormais ancrée au sommet de l'État : la prise de décision unilatérale, affranchie des débats parlementaires traditionnels. Pour les observateurs de la vie politique à Bangui, cet épisode s'inscrit dans une trajectoire de centralisation absolue du pouvoir initiée depuis plusieurs années. Cette gouvernance solitaire s'est formalisée de manière spectaculaire lors du référendum constitutionnel du 30 août 2023. Cette réforme majeure a non seulement prolongé la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, mais a également supprimé toute limite au nombre de mandats autorisés. Ce passage en force a été rendu possible par la neutralisation préalable des contre-pouvoirs juridiques. En octobre 2022, la mise à l'écart de Danièle Darlan, alors présidente de la Cour constitutionnelle et opposée à la réécriture de la Loi fondamentale, a marqué un tournant. Les critiques de l'époque, portées par l'opposition réunie au sein du BRDC, avaient dénoncé l'implication de proches de l'exécutif dans cette éviction, qualifiée de véritable mise sous séquestre des institutions républicaines. Sur le plan sécuritaire, l'autorité exclusive de Faustin Touadéra s'est manifestée par le recours massif aux forces paramilitaires Russes. Si ce partenariat est présenté par la présidence comme un outil de stabilisation face aux groupes armés, les rapports d'ONG internationales et du panel d'experts des Nations Unies décrivent régulièrement une mainmise sur les ressources minières du pays, notamment l'or et les diamants. Pendant que le pouvoir centralise ses alliances, les indicateurs de développement de la République centrafricaine restent critiques. Selon les données de la Banque mondiale, la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté, confrontée à un taux d'illettrisme élevé et à des infrastructures routières et sanitaires en état de délabrement faute de maintenance. Le contraste est saisissant entre la stagnation économique des citoyens et les bénéfices financiers attribués aux cercles du pouvoir. Le régime n'est pas à une contradiction près, notamment sur la question des droits et des mœurs. Alors que les textes officiels et les discours politiques affichent une volonté de promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes, la législation maintient la polygamie. Les observateurs de la vie publique Centrafricaine ne manquent pas de souligner le décalage entre la modernité des textes affichés à l'international et les pratiques privées au sommet de l'État, où la vie de famille du président s'articule ostensiblement autour de plusieurs épouses. Au vu de cette centralisation des pouvoirs, de l'absence de contre-pouvoirs réels et de la répression des voix discordantes, la question de la qualification du régime se pose. Si le terme de « dictature tropicale » relève de la formule polémique, les critères d'un régime autoritaire personnalisé et patrimonial semblent, eux, pleinement réunis.

For: LAMINE MEDIA (in FR and GB)

Date: 15 August 2026

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